l’heure où le Roman Catholic Women Priest se bute avec fracas aux fins de non recevoir de l’institution catholique romaine, nous nous interrogeons :

Pourquoi le seul mouvement catholique libre ayant eu l’audace de défier l’autorité religieuse en ordonnant au sacerdoce et à l’épiscopat des femmes et des hommes (mariés ou non et sans égard à leur orientation sexuelle) s’entête-t-il à chercher mordicus l’approbation catholique à sa dissidence? Est-il nécessaire que Rome bénisse pour être béni? L’action du RCWP a ouvert des voies nouvelles en permettant à des femmes et des hommes « proscrits » de vivre enfin leur sacerdoce, et donc de rassembler avec leur Maître. Que demander de plus puisque le but est atteint?!!!

Obtenir une reconnaissance officielle de l’institution religieuse est-il plus urgent que de répondre à l’appel d’un monde profondément bouleversé par les crises de l’individu, du couple, de l’enfant, de l’ado, de la société entière? L’Humanité se cherche. Comment répondre à son inextinguible soif de sens, comment relever celui ou celle qui est blessé(e), comment remettre en route l’affaibli(e)? L’être humain n’a-t-il pas un urgent besoin de phares, de consolateurs(trices), d’accompagnateurs(trices)? Comment les envoyer, sinon en créant un sacerdoce libre (détaché) de toute allégeance religieuse? L’Esprit Saint appartient-il en propre aux Baptistes, aux Catholiques, aux Luthériens, aux Anglicans, etc…? Peut-on être prêtre de par l’Esprit Saint, tout simplement, comme saint Paul lui-même qui a suivi sa voie apostolique en lien avec les autres témoins de la foi (les apôtres choisis par Jésus lors de sa vie terrestre) mais non pas sous leur gouverne?

Depuis longtemps, le problème majeur de la foi chrétienne se trouve dans les institutions qui font profession de la mettre sur l’étendard, dans leur volonté d’encadrer l’allégeance, de mesurer l’adhérence, d’assurer leur pérennité : croisades, inquisition, guerres de religions, trafics d’influence, mise à l’index, abus de pouvoir, désinformation, etc. Est-il possible de rassembler les enfants de Dieu sans vouloir les inscrire sur les registres de telle ou telle église?

Vivre son sacerdoce, n’est-ce pas prendre sur son cœur les brebis blessées, partir à la recherche de l’égarée, rassurer celle qui s’effraie, prendre soin des agneaux, les reconnecter au troupeau, le nourrir, intercéder pour lui et le bénir? C’est sans doute sur la signification du mot « troupeau » qu’on fait erreur : on en a rétréci le sens en l’interprétant comme « groupe religieux de telle ou telle allégeance ». Et si, tout simplement, le troupeau n’était que la société comme telle, le monde entier, comme l’a si bien enseigné Vatican II? Si le bercail n’était tout bonnement qu’une famille aimante et accueillante, ou un organisme communautaire vivant et empathique?

Et si nous ne devenions pas « prêtre » pour étamper le sceau « CHRÉTIEN » sur les personnes qui gravitent autour de nous? Si nous ne cherchions pas à les ramener à une soi-disant « pratique religieuse ». Si nous œuvrions simplement à leur faire prendre conscience de leur incommensurable dignité? À les ouvrir à un mieux-être? La joie sacerdotale n’est-elle pas de voir celles et ceux qu’on accompagne identifier en eux (elles) leur soif d’absolu;  de leur révéler (dévoiler) à quel point ils (elles) sont chéries de Dieu et ce EN LES AIMANT –DU MIEUX QUE L’ON PEUT – COMME DIEU LES AIME, LUI, PARFAITEMENT?

A-t-on besoin, pour aimer ainsi, qu’une quelconque institution nous  « enrôle » dans sa cohorte sacerdotale? Dieu a-t’il jamais eu besoin des intermédiaires ecclésiastiques pour se faire connaître au monde? (N’est-ce pas à l’inverse les institutions religieuses qui se servent de Dieu – et de notre désir de le servir – pour se maintenir en place?) N’est-ce pas plutôt par le témoignage gratuit des saints, des disciples et des inspirés que Dieu nous a été dévoilé?

Est-il nécessaire d’exercer son sacerdoce au nom de telle ou telle Église? Être prêtre du Très-Haut ne suffit-il pas? Ne sommes-nous pas suffisamment mature, comme peuple de Dieu (de toutes allégeances) pour discerner celles et ceux qui, parmi nous, ont l’expérience et le doigté nécessaire pour guider leurs proches et prochains vers la source intérieure? N’avons-nous pas le leadership nécessaire pour répondre aux besoins spirituels criants de notre temps? (Une institution qui s’arroge le droit de nous retirer cet exercice de notre leadership peut-elle le faire en toute justice au nom de Dieu?) N’avons-nous pas le discernement de l’Esprit pour reconnaître celles et ceux que Dieu appelle et les envoyer rassembler, au nom de notre Maître à tous? « Qu’ils soient UN » a imploré Jésus à la veille de sa mort.

Nous nous désolons de voir les appelés au sacerdoce dépenser tant d’énergie à maintenir l’institution ou à chercher sa reconnaissance, alors qu’à leur porte, les enfants de Dieu meurent d’inanition spirituelle. Qui s’en soucie?

Johane Filiatrault et Jean Beauchemin

Pour :  Sacerdoce Sans Frontières

Note : Les auteurs de cette lettre ouverte forment un couple et ont été ordonnés au diaconat le 19 mai 2007 par l’évêque Patricia Fresen du Roman Catholic Women Priest. (Le RCWP est une initiative visant à rendre accessible aux femmes comme aux hommes le sacrement de l’ordination  Women priests  /  Roman catholic women priests)

 

Ordination de Jean et Johane

Ordination de Jean et Johane

Priere finale

Jean a reçu la consécration sacerdotale le 22 février 2008, et a été nommé modérateur de l’oeuvre des Ouvriers de Paix. Johane a été consacrée au sacerdoce le 19 mars 2008.

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